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10 de julho

UN NOUVEL AMOUR

Je reçois, l’autre soir,  un appel de mon cher et tendre (oui, on peut rêver et puis, je l’appelle comme je veux, non ?)

 

-        Dès que tu as terminé ta consultation, saute dans un taxi et viens me rejoindre

 

D’abord, je ne suis plus en âge de « sauter » dans un taxi.  Je vais y poser un postérieur prudent (ben oui, il fait déjà nuit, et tout le monde le sait, je ne vois rien la nuit, sinon c’est moi qui monterait dans la voiture et mon cher et tendre qui poserait ses fesses dans un taxi) donc, disais-je un postérieur prudent rapport à ce qu’un distrait aurait pu laisser sur la banquette arrière dudit taxi

 

Ensuite, je veux bien te rejoindre, mais où donc as-tu décidé de planter ton étendard, ce soir.

 

Réponse : au club hippique

 

Alors là, malgré ma patiente qui achève sans vergogne ma pourtant très imposante réserve de mouchoirs en papier  - faut la comprendre, la pauvre, le même jour elle paume son portefeuille, se fait jeter par son homme et apprend le chemin des assedics – je ne peux m’empêcher de pouffer de rire

 

-        Attends,  toi ?  Sur un canasson ?

Faut dire qu’il est plutôt costaud, le Monsieur et…plus très souple.

 

Petite explication sur un ton blessé

 

-        meuuuuuh non, je ne monte pas…Quoique reprendre….oui, cela me plairait assez.

 

Ah bon ?

J’ai compris. Monsieur de un n’est pas seul, de deux veut « la jouer » fort

 

Ou un mec plus balèze que lui balade son épaule musclée dans les parages (non, il n’est pas ce que vous pourriez penser en me lisant, simplement cela déclenche chez lui un complexe qui ne disparaît qu’après avoir descendu l’autre en flammes, car faute de muscles – et soyons justes il en a eu – il possède une langue acérée.)

 

Ou alors, une nana - impérativement blonde - promène une fesse ronde sous son nez…qui sait ?

Quelle que soit l’alternative, j’ai intérêt à me pointer vite fait au Club en question.

 

Si c’est un beau mec, c’est toujours intéressant (juste regarder, promis) si c’est une blonde, je possède quelques techniques parfaites qui, sans utiliser le moins du monde la parole, vous expédient ce genre de personne sur l’autre face de la lune.

 

Faut dire que ces techniques, j’ai eu le temps de les peaufiner ; n’est-ce pas les situations qui créent l’outil ?

 

Bon, téléphoner à un taxi ne dépasse pas mes limites intellectuelles, même à 19 heures, un jeudi soir.

 

Mais pourquoi, pourquoi est-je eu l’idée saugrenue de lui dire «  Au Club hippique, à Gillot, ce qui est assez banal en soi, vous l’avouerez, mais d’ajouter ce petit mot assassin «  VITE SVP »

 

Alors là, vous avez failli ne pas me revoir et ce billet a bien failli ne jamais être écrit.

 

Certains d’entre vous ont-ils déjà eu l’imprudence, l’inconscience dirais-je, de dire « VITE » à un taxi italien ?

 

Ce que vous avez pu ressentir alors (les prières de l’enfance remontent spontanément aux lèvres, juste question de se mettre en ordre – on ne sait jamais – avec « La-Haut ») n’est qu’une amusette à côté de ce que j’ai ressenti dans ce taxi.

 

Ce gentil chauffeur, tout heureux de me faire plaisir, a mis sept minutes à parcourir la distance – pour ceux qui connaissent _ entre St Denis et Gillot, en pleine heure de pointe

 

Vacillante mais vivante, je suis arrivée à destination le chapeau en déroute (mais non je n’en porte pas, c’est juste une figure de style) tout intérêt, que ce soit pour le balèze ou la blondasse, envolé.

 

Après m’être assurée de mon intégrité physique, j’ai fait le tour, avec une dame charmante qui ne se serait intéressée à mon homme qu’à la condition qu’il soit un canasson, des box et des chevaux

 

En principe, si je les admire, je ne les aime pas.

 

Durant les cinq longues années où j’ai vu mon fils monter, j’ai tremblé de le voir si haut perché, sur des animaux que je ne parviens pas à cerner, à comprendre.

 

Il est plus doué que moi, heureusement. 

 

Personnellement, je les trouve un peu « vache », même si ce la fait bizarre de dire cela pour un cheval.

 

Voyons la réalité ; ils sont mieux armés que des lions pour se défendre

 

Le lion dispose de ses griffes, de ses dents.

 

Le cheval est infiniment plus intelligent.

 

Devant, il mord, derrière il rue (et je ne parle pas de manifestations malodorantes, ce qui le fait ressembler par cet aspect au putois), et sur le côté, il vous coince entre le mur et lui ( environ 500 kg qui poussent, on le sent) et si, malgré tout, vous avez décidé que c’est vous l’humain donc le maître et que vous le promenez par la bride, il arrive encore à vous marcher sur le pied, petit jeu duquel, faut-il le préciser, il sort toujours gagnant.

 

Ben oui, quoi ?  Vous avez déjà essayé de marcher sur le sabot d’un cheval, vous ?

 

Bon, après cela, pas la peine de vous faire un dessin sur la méfiance que j’affiche envers ce noble animal

 

Et là, là, à ce moment précis où tous mes sens en alerte, toute ma légitime méfiance en bannière, j’aborde le petit périple destiné à me faire connaître les lieux ( mais pourquoi, bon dieu, puisque jamais au grand jamais je ne monterai,) là, je tombe A MOU REU SE

 

Il est magnifique, infiniment doux et triste, mince et grand, très brun.

 

Mais non ce n’est pas un mec, juste un….CHE VAL

 

Non, non, je ne suis pas folle. Je sais que c’est dingue après vous avoir décrit en long, en large et même en travers ma crainte, ma méfiance, voilà que je vous raconte mon réel coup de foudre ;

 

Je ne l’ai plus quitté. Il appartient au Club, il est blessé, ne pourra plus jamais concourir  va être vendu ou abattu.

 

Je ne sais pas l’acheter.  Il coûte, malgré son infirmité, dix mille euros

 

Je connais le chemin du Club par cœur, à présent.

 

Je vais le voir, le caresse, lui parle, le dorlote, lui apporte sucre, biscottes et carottes

 

Il s’appelle Haxa de Jade, c’est mon nouvel amour.

03 de fevereiro

IN CAUDA VENENUM - DANS LA QUEUE, LE VENIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seule, apparemment désoeuvrée. Une boite de nuit. Comme il y en a des milliers. Corps souples, ondulants, se frôlant, se fondant par instant, les uns dans les autres. .pour mieux se séparer ensuite, repartir chacun en des mouvements désordonnés, désynchronisés de la musique. Silhouettes imprécises, mouvantes. Interpénatration fugitive, indolore, inconsciente. Symbiose musicale, désordre de rythmes si barbares qu’ils touchent au summum de la civilisation.

 

 Un verre entre les doigts, des doigts si fins, si blancs qu’ils en semblent translucides. Elle fend la foule en transe, hystérique. Et la foule s’écarte sur son passage. Pour mieux se refermer encore, plus compacte, plus dense.

 

Ses yeux : deux fentes. Extraordinaires de brillances, lumineuses. Eclats  de cristal vert.  Inquiétants, transperçants. Les masses gigotantes, serpents aux mouvements ondulatoires rapides ou lents, n’ont pas conscience de ce regard-là.

 

Les doigts si fins serrent le verre à le briser, à le réduire en poussière. Le regard s’étire vers l’homme. Seul. Sensualité mâle, affirmée, étudiée, cultivée. Beau, le sachant, en usant, en abusant. Fortuné, très certainement.

 

Elle ne bouge plus. Immobile statue de marbre blanc où seul le regard demeure vivant, dur . Eclat étincelant et glacé d’une étoile lointaine par une nuit de grand gel.

 

Les images qui défilent, souvenirs déchirants, ne sont pas le présent, ne sont pas celles rendues par ses yeux.

Dix ans déjà. Son allure, sa prestance. Rien n’est altéré en lui.

Vision de cauchemar.  Une soirée semblable aux autres. Un appartement ami, des voix ou les rires fusent, plus hauts, plus gais. Des mains qui s’étreignent pour mieux se lâcher et se revenir, des corps qui s’enlacent, se jouent les uns des autres. Se quittent, s’éloignent, tourbillonnent, se retrouvent. Dix ans déjà…

 

Son corps, mi poussé, mi porté. Des mains, des mains partout. Sur ses hanches, le bas de ses reins, ses seins. Des mains qui tirent, emportent son corps vers une chambre dont la porte blanche, si blanche, blanche comme ses mains aujourd’hui, s’ouvre sous la poussé vigoureuse d’un homme si beau, si beau.

Il mène le jeu, mène le bal. Horrible blancheur du drap trop blanc où elle s’empêtre, de l’oreiller qui étouffe ses cris.  Le Bal du Viol. Le bal de la Mort. Son corps forcé, malmené, mal aimé. Manipulé par de grandes mains dures, maladroites à force d’impatiences. Les rires résonnent encore dans sa tête, dans son âme. Dix ans déjà…

 

Et lui, si certain de son impunité, de son bon droit. Droit de cuissage remonté du fond du Moyen Age. Abus naturel d’une femme devenue objet de désir d’abord, d’assouvissement ensuite. Déjà dix ans.

 

Elle est proche, à présent. Son regard l’effleure, il ne la voit pas, s’arrête à peine sur ses cheveux, ses seins, repart, reviens. Non, il n’en a pas souvenance. Corps passé, oublié dans le clair-obscur d’une nuit sans fin.  Dix ans plus tôt…

 

Séduction. Ego de mâle éveillé, flatté. Attirer le chasseur qui, elle le sait trop bien, sommeille en lui.     Elémentaire…

 

Dix ans. Dix ans qu’elle le talonne, le surveille étroitement. Dix ans de rage, d’humiliation, de haine.

 

Sept ans de lutte, d’acharnement épuisant : un seul but, objectif unique : obtenir son diplôme de docteur en médecine.

 

Imbu de lui, sûr de cette aura qu’il sait sensuelle,  parfum mortel attirant les belles, dont il joue sans scrupules, séduit par l’aisance du contact, charmé par la culture de cette sylphide, il est prêt à tous les jeux.

 

Liszt avec son immortelle « Consolation » ajoute à l’ambiance calculée, taillée sur mesure pour cet instant unique. Des bulles, une fête. Un pas de deux que l’homme est le seul à danser. Elle, elle exécute la danse macabre. Une danse de mort dont elle est  chorégraphe et exécutante tout à la fois.  Il ne le sait pas….pas encore.

 

Allongé sur le lit. Endormi. Quelques points de suture. Une  vasectomie  sans accroc En un temps record. Il reste la petite injection « l’anti-viagra ». L’affaire d’un instant. Elle sourit. Il trouvera le temps long, très long avant de….

 

Elle n’a pas trouvé encore l’assouvissement de sa haine en cet acte si bien délivré à son destinataire  L’exécration l’anime, décuple ses forces, sa volition. Elle le porte, le soutient, ensommeillé, vaseux, douloureux, l’assied dans le véhicule, conduit contenant et contenu jusqu’à une rue proche de son domicile à lui. Pas de trace, pas d’empreinte.

D’un pas souple, élastique, libre, elle rentre chez elle.

 

Elle s’arrête un instant à l’entrée d’une des chambres. Son visage se détend, s’adoucit. Elle s’approche du lit, se penche sans bruit, pose des lèvres douces comme des pétales de roses sur le front de l’enfant qui dort là du sommeil des anges. Un enfant qui fêtera bientôt ses dix ans.

 

24 de janeiro

TU ES LA ?

 

 

 

 

 

 

 

Coucou……………...

….

….

….

….

…..

….

Tu es là ?

 

Ben oui, forcément, puisque le petit message : »….. vient de se connecter »  est apparu sur l’ écran de tous les bloggueurs qui vous connaissent

 

Bon, le blog étant fait pour communiquer, généralement on répond,

fatigué par sa journée et en manque chronique d’imagination :

 

« Coucou, « 

 

Ou

 

« Hello »

 

Ou encore :

 

« Oui, je suis là. »

 

(on dirait un menu de restaurant )

 

Ce qui, vous l’avouerez, est inutile, puisque le blog est ouvert, que l’autre le sait, et qu’on  est justement  en train de répondre..

 

Il semble donc évident qu’on est bien là.

 

Vient ensuite l’inévitable « Ca va ? » généralement écrit en même temps par les deux interlocuteurs.

 

Alors là, pour la réponse, c’est le système du choix multiple :

-          

-         Oui, très bien

-         Vi

-         Bof

-         On fait avec

-         Ca peut aller

-         Nan

 

Vous constaterez la belle palette de choix et de nuances. Là, faut pas se plaindre.

 

Mais il faut avouer que si l’autre répond d’un ton réjoui (enfin, on peut l’imaginer comme tel ) : Oui, très bien ou Vi,

On est mal parti.

 

Car vous le savez, les gens heureux n’ont pas d’histoire ;  quand tout va bien, y a rien à raconter.

 

Un seul espoir de vivre plus de 30 secondes pour cette communication-là, c’est que l’autre ait fait un autre choix.

Le « bof » mitigé augure quelques minutes de discussion intéressante.

Le « on fait avec » ou « Ca peut aller » n’entraînent pas non plus de quoi s’étendre toute la soirée, il faut bien l’admettre

 

Mais quel bonheur quand, dans cette futée et poétique entrée en matière, on voit apparaître un « Nan » qui résonne fort et haut.

 

Là sonne le glas d’une soirée mélancolique devant la 39e rediffusion du Gendarme à New York

 

Là, il y a de quoi discuter ( si j’étais méchante, mais je ne le suis jamais, je dirais que là, il y a un os à ronger)

 

En tout état de cause, il y a de quoi s’occuper.

 

Ce « nan » salvateur. On va pas devoir se creuser trop la cervelle pour discuter. Le ou les petits neurones (suivant les bloggueurs, le nombre est très variable) vont pouvoir se reposer, surtout si l’on pose LA bonne question.

 

Ici, passage un peu délicat. Faut connaître. Y a ceux qui, sous une question trop directe, vous se rétracter comme une huître fraîche sous la douche de citron pur jus, et ceux qui vont profiter de cette brèche si opportunément et gentiment ouverte pour vider leur sac en moins de deux.

 

L’idéal, c’est la moyenne. Ceux qui ne se font pas trop prier, juste un peu. Cela passe le temps sans le perdre totalement.

 

Puis qui raconte, ni trop bref, ni trop long.

 

Mais on ne sait jamais ce qui va suivre. Ce « nan » peut cacher un discours de 2 heures, comme un seul mot, vite dit et qui résume tout.

 

Donc, un refus de bonne éducation de ne pas tout déballer immédiatement, mais pas  trop long, faut pas se faire supplier non plus (puis l’autre risque de laisser tomber, ce qui n’est pas le but du jeu – car tout ceci n’est qu’un jeu, n’est-ce pas ?) est une technique de bon aloi.

 

A ce moment, on peut discuter, bifurquer vers d’autres sujets, même, suivant le temps dont on dispose et le degré de sympathie que l’on éprouve pour « l’autre »

 

Mais revenons à ceux pour qui, exceptionnellement, tout a été bien aujourd’hui. 

 

A ceux-là il reste à parler du – mauvais – temps, des enfants quand on en a, des animaux.

 

Il y a aussi les ami(e)s qui n’ont pas besoin d’un drame quotidien pour se parler, qui trouvent toujours mille choses à se confier, que le temps soit au beau fixe ou à la pluie, dans leur vie.

 

Il y a ceux qui se disent à peine bonjour, qui continuent, comme s’ils ne s’étaient pas quittés, comme si leur écran n’avait pas été fermé, une conversation/confidence qui dure, dure…depuis longtemps.

 

Mais, quoi que je puisse en dire et malgré ma tendre ironie, cela fait tellement chaud au cœur quand on voit apparaître dans le petit coin inférieur droit, ce si banal et si  indispensable : Coucou… Tu es là. ? 

Oui, je suis là…..  Oui, j’existe, je vis….pour d’autres. Et je les aime.

 

 

 

 

 

 

18 de janeiro

L'INSTINCT MATERNEL...

Préambule.

 

Cette histoire, je l’ai vécue. C’est volontairement que je n’use d’aucun des termes utilisés habituellement en psycho, psychanalyse, thérapie. Tout simplement parce que cela ne m’amuse pas. Je ne pratique pas, je ne suis pas dans mon Cabinet.

Je vous raconte simplement une anecdote, à vous tous que j'aime et que j'ai envie, ce soir, de distraire quelque peu.

Puissent ces quelques minutes de lecture, vous faire oublier vos peines, vos chagrins, vos ennuis et amener au moins, l'ombre d'un sourire sur vos lèvres qui m'envoient si souvents des mots doux et des bisous.

 

J’étais encore, à l’époque, très jeune étudiante en psycho. Les « missions » comme nous les appelions entre nous, suite à une blague idiote qui roulait sa bosse depuis belle lurette, se suivaient à vive allure.

 

Il s’agissait en fait, sans même que nous n’ayons reçu encore tout l’enseignement voulu, d’exercer notre faculté d’observation, d’aiguiser notre sensibilité à autrui. Il nous incombait de trouver certaines situations, vécues par d’autres, de les analyser dans leur ensemble, enfin de décortiquer l’attitude de chacun des intervenants.

 

Nous avions un professeur aussi original que bizarre. Il semblait tellement étrange.

Il traînait derrière lui un halo de mystère, renforcé par des absences non expliquées, justifiées etlorsqu’un inconscient plus inconscient que les autres, se permettait de l’interroger, il s’en tirait par un vague sourire et une pirouette très professionnelle et  des générations d’idiots, se prenant pour des psy nés, en avaient déduit et fait courir le bruit qu’il travaillait pour l’Etat, dans un service très spécial.

 

A quoi tient une réputation. !

 

Dès lors, suspecté et, je le sus bien plus tard, le sachant parfaitement et s’en amusant amplement, d’être un agent secret, ces « travaux pratiques » hors programme  "officiel" devinrent des « missions »

 

Les thèmes choisis ce mois-là  par ce professeur de physiologie et physiothérapie extraordinaire (surtout parce qu’il était vraiment excellent, plein d’humour, de fantaisie) étaient, si je ne m’abuse, l’amplification du comportement en cas de danger non planifié ou, sujet  qui me semblait plus préhensible, le développement de l’instinct  maternel dans la vie quotidienne.

 

Oui, je sais, cela peut sembler un peu étrange mais je vous avais prévenu, c’était un prof à part.

 

Le premier thème me semblait impossible à gérer. Je ne me voyais pas, entrant dans une gare et poussant un parfait étranger sous les rails d’un train uniquement pour avoir l’extrême plaisir de satisfaire mon prof.  Vous me voyez, un carnet à la main, notant les hurlements, les crises de nerfs, la panique… La notion de danger non planifié ne m’inspirait vraiment aucune idée sensée.

 

En fait, le choix même de l’un ou l’autre thème consistait lui-même en une espèce d’évaluation toute personnelle, de ses élèves. Ceux d’entre nous qui « tinrent le coup » tout au long de ces années passionnantes mais souvent difficiles, l’apprirent bien plus tard.

 

Me voilà donc à la recherche de l’instinct maternel….Pfffffffffft  Je commençais à désespérer. Je me voyais déjà, me promenant  dans les rues, les magasins, une pancarte à la main, demandant aux mamans de bien vouloir sortir leur instinct maternel de leur panier à provisions, juste pour me faire plaisir.

 

Oh, Sainte Chance. Je tombe alors sur un article de journal. Une piscine privée commence, sous l’égide d’un thérapeute formé à cette technique, à recevoir les premiers « bébés nageurs ».

 

Ils ont quelques jours et hop, on les jette dans une piscine, on les laisse se débrouiller et, paraît-il, pour se débrouiller, ils se débrouillent.

 

Pas trop endormie, je me dis que les mamans doivent assister à l’expérience et que donc, là, il y a peut-être matière à remplir les pages de mon rapport, restées obstinément vierges jusqu’à ce jour

 

Vite, l’adresse, le numéro de téléphone. Bonheur, le bonhomme, heu, pardon, l’honorable thérapeute, est absolument charmant.

 

Mais bien certainement, c’est avec plaisir qu’il me recevra. Je pourrai assister à toutes les séances, si je le désire. Il s’agit de cours particuliers, bien entendu (heu, vu sa très grande gentillesse, j’espère qu’au moins, à chaque fois, outre lui et moi, il y aura au moins un mouflet et sa mère…)

 

Rendez-vous est pris pour le jeudi suivant, il s’arrangera pour être présent quelques minutes avant le début de la séance, afin de m’expliquer exactement en quoi consiste la méthode. Mouais….

 

Bien, bien…on verra cela.

Au jour dit, à l’heure précise, me voilà à l’entrée d’une luxueuse piscine privée. Accueil charmant (comme prévu) explications avec lesquelles je ne vais pas vous endormir (zazie, si tu veux, rien que pour toi, vers minuit, pour que tu fasses un gros dodo, si Morphée boude encore, je raconterai et tu dormiras.lol)

 

Arrive alors une femme que j’avoue trouver superbe. Le luxe incarné. Vison, diamants étincelants, coiffure impeccable, grand standing. Ben, normal, vu le coût exorbitant de chaque séance….

 

C’est la première fois qu’elle vient. Son assurance, affichée par le claquement clair des talons hauts de ses bottes sur le carrelage de la piscine, sa tête haute, légèrement rejetée en arrière, ses longs cheveux blonds dont pas un n’oserait dépasser de l’alignement militaire affichés par tous les autres (je parles des cheveux, vous suivez ; Non Sauron, pas la peine de te mettre au garde à vous), son assurance, disais-je, fond à vue d'oeil.

Et ce n’est pas la moiteur étouffante de la piscine qui y joue un rôle quelconque.

 

En fait, cela commence au moment où, tout sourire tout miel, mais d’une main ferme et inexorable, cet excellent homme qu’est le thérapeute de service, prend l’enfant des bras de sa mère.

 

Première angoisse de celle-ci. Maiiiiiiiiiiiiiiiis….. Vous n’allez pas le jeter à l’eau tout habillé, non ?

 

Sourire rassurant, re-couche de miel (Nutella pour mes aminautes qui se reconnaitront.).  Non, non, je vais le déshabiller d’abord.

Il doit avoir l’habitude, le gars.  Il lui colle derechef un café dans la main droite, le bonnet du bébé dans la gauche (on est en hiver, ce qui explique les bottes et le vison, parce que même en Belgique, y fait assez chaud l’été pour pouvoir se passer de ce genre d’accessoires !) , ce qui la met dans l’impossibilité totale de récupérer son rejeton, intention bien affichée, évidente, même.

 

Et là, il parle au bébé, lui explique. Mère et fils s’apaisent, bercés par les mots.  Oh, le traître (mais non, pas le bébé, le thérapeute) tout en parlant il s’est approché du bord.

 

Visiblement il n’y a que moi à capter son intention. Ni la mère, ni le fils n’ont compris..

 

D’un geste doux mais rapide, il se baisse et hop, sort le bébé de son drap de bain et…à la flotte.

 

Je n’ai pas eu le temps de réaliser. Lui non plus d’ailleurs.

Le premier « plouf » est  suivi, a une nanoseconde près, d’un second, bien plus sonore et….éclaboussant.

 

La mère, ne supportant pas le choc, tout vison dehors, talons aiguilles en avant, ayant à peine pris le temps de lâcher sac à main et café, se jette dans la piscine, à la recherche de son gosse.

 

Nos têtes sidérées. Et, naturellement, troisième plongeon, impeccable style, soit dit en passant, et un thérapeute à la flotte, un….

La mère se noyait….Il a presque fallut la ranimer….elle ne savait pas nager.

 

Le bébé, lui, quand on l’a sorti, en dernier lieu - car il était urgent de s’occuper de la mère, sous peine de faire un orphelin - semblait parfaitement bien et totalement ravi.

 

Le plus beau de l'histoire, c'est que mon prof, ben il a eu du mal a avaler l'histoire.

 

11 de janeiro

VOUS....

 

L’autre nuit, je ne pouvais dormir. Le volcan, pire qu’un amant exigeant, faisait trembler la terre, rappelant ainsi à chaque minute son existence, son besoin inné de s’extérioriser, de dominer cette île, son enfant.

 

Oui, son enfant, puisque née de lui, de lui qui l’agrandit encore  généreusement, à grands coups d’ares ou d’hectare,  par  ses coulées dévastatrices et grandioses.

 

Donc disais-je, cette nuit-là je ne pouvais dormir. Mon gentil et patient Sauron en sut quelque chose, lui qui m’accompagna un bout de chemin au cours de ces heures d’insomnie.

 

Car même si le péril n’est pas trop proche, même si le Piton de la Fournaise ne se trouve être  le Mont Pelé de sinistre mémoire, un volcan reste un volcan. Surtout en activité… Toujours capricieux, incohérent, imprévisible.

 

Et si les autochtones n’y prêtent plus attention, il en va différemment de la petite européenne que je suis 

 

Oui, je sais, il y a des tremblements de terre en Europe également, je connais, merci. Mais Bruxelles n’étant pas réputé pour son volcan, disons qu’on y dort plus tranquille.

 

Mais pourquoi nous rase-t-elle avec son volcan ( qui n’est pas le sien, en outre) et les tremblements de terre, dont personne ne parle ( et pour cause,y a déjà pas beaucoup de touristes, mais si on fait de la pub pour les tremblements de la croûte terrestre, on verra plus personne)

 

Surtout si l’on pense que : l’ile est vraiment petite, perdue au milieu d’un océan infesté de requins – oui, bon, d’accord, y a pas d’océan pas infesté de requins, je sais) minée par les galeries souterraines creusées par la lave, on se sent pas si tant beaucoup en sécurité.

 

Je me tiens le raisonnement suivant : s’il se fâche (le volcan), il peut facilement tout faire exploser. Le choix, alors, devient – comme vous pouvez le constater – très, très restreint. Il reste quelques terres où se réfugier et encore faut-il avoir la chance d’être sur un de ces ilets qui surnagerait, ou il n’y a plus rien, et on crève noyé, bouffé par les requins. Douce perspective…

 

Donc, munies de ces joyeuses alternatives, je passe une fin de soirée plutôt tendue. Les dernières nouvelles n’encouragent d’ailleurs pas à la tranquillité. L’ éruption ne fait que commencer, évacuation du village prévue sur la route des coulées, route qui risque d'être coupée, séisme de 2,4 à 3 sur l’échelle de Richter.

Et même si Sauron me tient la main ( de très loin, mais il a le bras long), faut bien qu’il prenne repos. Corollaire, je me retrouve à gamberger, à heure pas possible.

 

Me voici donc seule avec mon ordino, Les autres membres de ma petite famille étant aussi peu émotifs qu’imaginatifs, dorment du sommeil du Juste.

 

Et c’est là, mes amis, qu’après moultes détours, je voulais vous amener.

Il est si tard que vous avez tous rejoint (ou du moins on peut le supposer, quoi que je ne sois pas comptable de l’emploi de vos nuits) les bras de Morphée. 

 

Et devant mon écran, je vois tous vos noms qui dorment, « fenêtre sur ordino » fermée.

 

Et même si je ne connais, pour la plupart, ni vos voix, ni vos visages, je suis attendrie.

 

Derrière ces noms, des humains, dévoilés par leur exhibitionnisme lattant, leurs besoins de « dire ». Des humains qui ne livrent que ce qu’ils veulent bien, retenus par leur pudeur, leurs angoisses, leurs peurs, arrêtés par leurs inhibitions, ( je devais la placer, celle-là, sinon vous auriez tous cru que je ne connaissais que l’exhibitionnisme, ce qui aurait nuit à ma réputation) . Des humains formidables.

 

Derrière ces noms, des gens sincères (sans doute d’autres également, mais je ne veux les point connaître), des mains prêtent à se tendre, des sourires exprimés ou retenus, des rires, des larmes. Des tendresses inemployées, disponibles, des solitudes, des gouffres et des montagnes, paysages de tous les sentiments humains.

 

Derrière ces noms il y a, simplement, de la chaleur humaine, Fontaine inépuisable d’entre aide…. Fontaine ? Volcan ? Bon, bon, j’arrête de vous en parler, promis (au moins jusqu’à demain)

 

Et, même si cela semble un peu ridicule, utopiste, « fleur bleue » et naïf (ouf, là, j’ai vidé mon dico des synonymes ), en embrassant ainsi d’un regard vos noms, j’ai eu l’impression,fugace mais vive, de vous tenir tous dans mes bras….L’espace d’un soupir.

 

Et je ne suis plus seule au monde, et je n’ai plus ni peur, ni froid…

 

(Oui, je sais, ce n’est pas de moi, ça, mais bon !: Merci à Gérard Lenormand)

 

Oh, à propos, si vous vous attendiez à ce que je vous dise que je vous aime tous, faut pas y compter. Non mais là, vous rêvez. Et puis quoi, encore ...

18 de dezembro

AVATARS DU PERE NOEL

                        
 
 
 
 
 
 
               
 
 
 
 
 
 
 
 
Mes Chéris,
 
J'ai reçu quelques échos des mésaventures du Père Noël.  
 
Après cela, je ne sais pas s'il pourra livrer à temps 
 
 
 
 tout ce que vous lui avez demandé.  Surtout que vous n'avez pas hésité à le charger, le pauvre.
 
C'est ça la jeunesse ! Un ordinateur, s'il vous plait.  Ben tiens !  Ca pèse combien un ordino. Ne serait-ce pas notre gentil Candide qui en souhaitait un nouveau ? Si ma mémoire ne fait pas défaut...
 
Et le pauvre Vieux, (Père Noël, pas Candide) chargé comme il l'est, il a pas vu l'avion.
 
Ben quoi, cela arrive à tout le monde non, de rater l'avion  Mais l'avion, lui, l'a pas raté. Je parle toujours du Père Noël, toujours pas de Candide.  Faut suivre hein, et arrêtez de dormir sur mon blog, ( à moins que zz vous ait passsé à tous samaladie du sommeil) vous comprendrez ce que j'écris.
 
En fait, l'avion s'est adressé à Talyn, spécialiste de ce genre d'accident et qui l'autre soir envisageait de transformer son chat en pizza.
 
Mais c'est une longue histoire, que je vous raconterai une prochaine fois.
 
 
 

 
Oups, distraction ou envie d'éliminer un rival dont on parle aussi beaucoup en cette période de Fêtes.  Y fait pas dans la dentelle, Père Noël
 
 
 
LA TERRIBLE VENGEANCE DU BONHOMME DE NEIGE
 
 
 
 
 
 
 
 
Solide, le Vieux Bonhomme.
Vieux, mais pas tout à fait gaga. Mais à qui il a piqué ce truc-là ?
 
 
 
 GARDE ROYALE :  Sauron et Cie.... Eins, tswei (une, deux pour tous ceux qui n'ont pas fréquenté l'Allemagne et les Allemands...et les militaires qui s'y promènent et y font juste du tourisme, n'est-ce pas, mon petit Sauron ?(lol)
 
Si Candide et les autres ne recoivent pas de cadeaux, ce sera la faute à Sauron... Garde du corps, cela ne s'improvise pas.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
J'te jure, l'année prochaine, j'vais au chômage. Au chaud sous la couette, je resterai. Et pour en être certain, la nuit de Noêl, dernière de boulot, j'irai par la cheminée, piquer les menottes de Candide et j'irai m'attacher à mon radiateur perso.
 
 
 
 
Ben tiens, rien n'a changé depuis la Mère Eve... 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
Au secours, je suis une pauvrel petite chatte malmenée par ma maîtresse. Je m'appelle Jade, je suis une enfant maltraitée, elle m'abandonne toute la journée pour aller travailler, m'oublie souvent pour bavarder sur le net, avec une idiote qui la fait s'écrouler de rire, malheureusement, elle tombe sur moi (pas l'idiote, ma maîtresse)et alors,elles parlent de me faire cuire, de me transformer en pizza. Qui veut  bien m'adopter ? Ou m'indiquer le plus court chemin pour aller à la SPA.  Jade en déroute.
 
 
 
 
 
17 de dezembro

PRETS POUR UN TOUR DE PISTE ?

Mes Chéris,
 
J'ai pitié de vous qui devez passer de longs we ennuyeux, surtout quand il fait froid. 
 
Bien sûr, pour s'occuper, il y en a qui restent menottés à leur radiateur, tout en rêvant à leur dépendance envers leur nounours,d'autres qui s'écroulent de rire et risque de ratatiner le chat en tombant dessus, tout en rêvant de manger (une omelette, pas le chat quoi que...) 
 
Certains rêvent d'amours impossibles dans des contes de fées pour adultes (adultes? vous avez dit Adultes???) 
 
Certains cherchent un Anneau disparu depuis bien longtemps et qu'on est pas prêt à retrouver, ayant été qu emporté par une pie voleuse et déposé dans le nid d'un des aigles d'une belle fée qui a eu l'imprudence de les faire vivre sur son blog.
 
Il en est d'autres qui rêvent de lune, d'autres de Mars.
 
Enfin, quoi, chacun à ses occupations, frileusement enfuis sous des masses de pulls et de couettes.
 
Alors, pour vous sortir un peu de vos frileuses préoccupations, je vous suggère de tenter la médication suivante :
 
Préparation :
 
- les 3 jours précédents l'exploit à réaliser, aucune prise d'excitant (thé, café et autres)
 
- le jour J,
   - manger légèrement, se dire qu'on est le meilleur, qu'on réussit toujours tout.
   - ranger les animaux dans une autre pièce, bien à l'abri
   - faire de même avec tous les objets cassables et auxquels vous tenez
   - avoir à portée de main : un téléphone en bon ordre de fonctionnement et le n° des urgences, SOS médecins ou autres aides rapides
   - Un verre d'eau  bien fraiche et un calmant puissant
 
Bien.  Vous voilà à peu près paré .
 
Etape 1 :
 
- vous installer confortablement dans un fauteuil.
Non, je n'ai pas dit : retourner immédiatement sour la couette !
 
Etape 2 :
 
La main droite posée à plat à hauteur de l'estomac,vous la faite tourner dans le sens des aiguilles d'une montre
 
Etape 3 :
 
La main gauche, elle posée à plat sur le haut de crâne, donne en rythme des petits tapotements en s'élevant à chaque fois d'environ 5 à 6 cm. Ils doivent être rapides et réguliers.
 
Etape 4 :
 
Avec vos lèvres, vous imitez bubulle dans son bocal. Vous formez des "O" qui s'ouvrent et se referment.
 
Etape 5 :
 
avec votre pied droit vous former des cerces dans le sens des aiguilles d'une montre, puis vous inverser.
 
Possologie à respecter :
- pas plus de trois tentatives par jour, espacées d'au moins 2 heures chacune
 
- A ne faire que seul chez soi.  Toute autre présence pouvant engendrer une prise de complexes sérieux, compte tenu du ridicule de la position, de l'acte lui-même.
 
- A ne pas utiliser le soir, avant de dormir.
 
Après utilisiation :
 
- Si par inadvertance, votre chat, chien ou voisin vous a surpris dans ce périlleux exercice et qu'il en est né un complexe bien ancré dont vous ne pouvez vous débarasser :
 
Il vous reste à convaincre qu'il s'agit d'un exercice simple, facile et excellent contre le vieillissement (argument qui porte toujours) au choix :
 
- votre pire ennemi
- votre patron
- le tonton à héritage qui met trop de temps à passer l'arme à gauche.
 
 
Ils risquent simplement, la crise cardiaque, la camisole de force, de crouler sous les complexes.
 
Une chose certaine, vous irez mieux.
 
Alors, mes Chéris, je vous souhaite un bon we, et beaucoup de plaisir dans la pratique de cette saine occupation
 
Toujours attentive à votre bon moral (je n'ai pas parlé de "la" morale car avec les menottes et le reste..hem)
Je reste,
Votre Petite Marie
 
 
 
 
 
 
 
 
11 de dezembro

NUIT

La nuit. Chaleur, moiteur. Solitude.

Les criquets qui chantent à m’en rendre ivre. Mon corps alangui, abandonné. Envie de baisers. De mains qui courent, explorent, mon corps, ses courbes, ses vallons, ses creux intimes et profonds.

Une perle de chaleur glisse dans le pli de mon cou.  Là ou quand les lèvres de l’autre se posent, c’est si doux. Baisers d’amants oubliés, enfoncés dans la nuit du temps qui s’écoule.

Le présent qui ce soir est absent, a le tort de l’être. Laissant place à ceux perdus au fond du temps, au fond du puits.

Solitude. Chaleur, moiteur. Ma mémoire a pris par la main les ailes de mon âme. Il ne pleut pas sur ma mémoire. Un rire remonte, un rire doux et grave, tendre et moqueur. Ses mains. Ses mains sur mon corps impatient, ses mains, ses lèvres. Dans un fouillis d’amour, de passion. De draps froissés, d’oreillers malmenés.  Une fragrance de lavande. Parfum sage de jeune fille. Seul survivant d’un présent qui ne l’est pas.

Je reviens à ce lit au drap bien lissé, comme le présent trop limpide, trop clair. 

La nuit. Chaleur. Moiteur. Mon âme, sagement, a ramené mon esprit à la maison. Il faut refermer le puits de l’oubli, le sceller à jamais, pour que ne remonte aucun regret.

Solitude. Chaleur.

Mes mains glisses, impertinentes,impudiques. Retracent d’autres gestes, tracés dans le temps, à d’autres moment, sur mon corps par le seul qui ait survécu au temps, parce que très souvent présent. Creux et vallons, gorges profondes, mystérieuses. Forêts humides, grotte étroite. Mes doigts glissent, se faufilent, explorent.

Pour moi, pour elles, comblent le vide de l’absent. Sur moi, à peine jeté, glissé sur le côté, le drap blanc, sage et uni, à la dentelle légère et délicate. Parfum de lavande...

L’oreiller glisse, d’un mouvement je l’agrippe.  Mouvement de hanche,. Chaleur de la nuit. Solitude.

Quel bruit indistinct, quel murmure léger, quel souffle imperceptible m’a fait me retourner ?  Il est là, bien planté, appuyé au chambranle, dans l’encoignure de la porte. Il sourit lentement, s’approche et en une douce habitude, un tendre mouvement, ses mains remplacent les miennes, jouent de mon corps. Instrument sur mesure, pour un artiste accompli. Et lorsqu’enfin,  nos corps et nos âmes se rejoignent,se murmurent les mots qui comblent, en un langage connu d’eux seuls, les criquets chantent plus haut, chantent plus fort.

Chaleur de la nuit, moiteur. Amour de ma vie.

 

01 de dezembro

AU BOUT DE LA NUIT

Elle fait les cents pas, enveloppée du bleu profond et opaque de la nuit.

 Perchée sur ses talons trop hauts, elle arpente le pavé. Son corps cintré dans ses dentelles noires frôle parfois  d’autres corps de femmes. Mortes-vivantes, comme elle. Fantômes de l’opacité.

Un instant, elle se fond avec l’autre, s’enfonce en l’autre provisoirement. Puis elle se détache. Chacune reprend son identité et  sa route ondulatoire, son errance aveugle.

Des renfoncements interlopes surgissent des silhouettes  emprisonnées dans leurs guimpes, corsetées de tulle incandescent. Chair nue, affleurant sous leurs voiles. De brefs conciliabules. Des corps qui en accaparent d’autres, au passage. S’engloutissent, se déglutissent. Se séparent. Retournent dans la ronde infernale, lente et monotone...

Les mains se frôlent. Se cherchent, s’accrochent, s’agrippent. Bras et jambes s’enserrent, appuyant des contorsions étranges. Une bouche, une main, sortent de la nuit. Ombre parmi les ombres. La bouche l’aspire tandis que la main la tient. Ses lèvres se joignent à d’autres lèvres. Son corps roule, tangue. Elle s’enlise et d’un mouvement de reins violent, se dégage, pour rebondir sur une poitrine, un sexe offert. Les chairs s’unissent, se mêlent aux chairs dans un long mouvement de houle frémissante, bruissante.

Elle retrouve l’air libre, le trottoir, la rue. La chaussée encombrée d’ombres, muscles fatigués, esprits hagards. L’air libre ne l’est pas. Des épaules heurtent les siennes. Elle s’éclipse dans le labyrinthe des ruelles sordides, qui déboulent vers le port. Elle passe de coins sombres en recoins isolés. Etreintes sans chaleur, sans âme. Gestes furtifs.  Rencontres  brèves. Echanges sans paroles. Elle tente de retrouver les visages familiers de ses sœurs  de la nuit. Elle scrute la nuit. Avide de trouver, dans la foule ondulante, le regard de feu de cette liane, cette éphémère qui lui a transmis ce parfum fugace et léger, ce goût des amours brèves et amères.

Nonchalante, ondulante, silhouette furtive sans cesse engloutie par la nuit, elle descend la rue qui débouche sur le port. Elle perçoit une musique au tempo syncopé et harcelant. Elle voudrait lui résister. Mais malgré elle, elle descend toujours, malgré elle, elle atteint le port. A reculons. Le martèlement syncopé ne cesse de résonner. L’étrangeté du lieu, du rythme sourd, puissant, lent la font frissonner. L’odeur caractéristique du port monte vers elle, remonte cette rue si pentue, si dure aux reins fatigués, aux hanches brisées de s’être trop balancées. .. Un bruit de pas, rapides, pressés se rapproche d’elle. Trahie par les battements sourds de son coeur, elle retient son souffle. Se glisse dans une encoignure. Pestilence de déjections. La masse lourde de l’homme surgit dans la pénombre. La dépasse dans la nuit opaque.

Chaleur étouffante. Moiteur collante de ces nuits passées, depuis tant d’années, dans ce port du fin fond de la méditerranée. Vie perdue, vie brisée.

Assise sur le quai, les jambes galbées se balancent dans le vide.  En dessous l’eau noire, profonde, insondable.  Aux mille dangers, aux mille oublis. Dans ses yeux, si clairs, si bleus, le reflet de son pays, où il faisait si bon vivre, où coule le Danube, long ruban de soie où se reflète le ciel, qui sépare les plaines aux champs de blés blonds et dorés. Dans ses yeux, l’immense, l’insondable désespoir de ceux qui ont tout perdu, pour qui nul retour n’est possible.

En tombant, son corps n’a fait aucun bruit. L’eau s’est refermée sur lui, sur la nuit.

Le lent et sourd martèlement s’estompe, disparaît. Le grand cargo quitte le port.

 

 
 
 
29 de novembro

Une étrange jeune femme.

  
 
 
 

Valérie rentre chez elle. Elle marche vite. Ils sont plusieurs à se retourner sur son passage, tant sa démarche est souple, féline, royale. Rapidement, elle rejoint un appartement confortable, dans un immeuble bourgeois. Son premier souci : fermer soigneusement au verrou la porte, puis tirer les lourdes tentures bleu nuit.

 

De cette même démarche étirée, très particulière, elle se rend dans la salle d’eau et fait couler un bain tiède. Elle y verse un étrange liquide, une sorte de crème bleue, légèrement épaisse, qui colore l’eau et dégage un parfum singulier, à la fois suave et piquant.

 

Et c’est longuement qu’elle s’y plonge, avec un bonheur évident. Un chant étrange, grave, presque guttural, sort de sa gorge. Est renvoyé, comme un écho, par les murs couvert de carrelage.

 

Bonheur et tristesse se mêlent, se tissent en elle en une étrange tresse de vie où un homme grand, blond et terriblement attirant joue le rôle principal. Un homme que contre toute attente, malgré les Lois, elle aime de toute son âme et qui l’aime en retour, elle le sait.

 

Bonheur d’être aimée, tristesse de ne pouvoir accepter ce bonheur, cet amour.

 

Jamais Le Secret ne lui à tant pesé.  Jamais elle ne s’est sentie aussi lourdement enchaînée.

Ce qui lui arrive n’est pas prévu et n'est par ailleurs jamais arrivé auparavant..

 

Des larmes coulent de ses yeux étrangement verts. Avec précaution, elle manipule un minuscule appareil aux multiples touches de commande. Une voix étrange se fait entendre.  Elle parle et la voix répond.  Et cela dure longtemps, longtemps.

 

Lorsqu’elle termine enfin, son visage est pensif. Un dilemme terrible se pose à elle.  Sur son visage il est aisé de lire la trace de ce rude combat qu’elle livre contre elle-même.

 

Alors, parce qu’elle est intrépide, elle choisit le chemin difficile, celui où il y a le  plus de risques.  Elle va accepter cet amour, elle va rester et tenter de vivre avec celui qu’elle aime.  S’il veut bien d’elle encore, lorsqu’elle lui aura parlé.

 

Lui aussi sera devant des choix, lorsqu’il saura. Son coeur se serre à cette idée.

 

C’est sans le moindre effort qu’elle contacte et influence, à son insu, l’homme grand et blond qu’elle aime tant. Une demi-heure plus tard, sans savoir ni comment ni pourquoi, il sonne à la porte de son appartement..

 

Elle s’est préparée, soigneusement. Physiquement bien sûr, mais aussi mentalement..  Tout doit être bien net. Il faudra lui expliquer. Dire clairement.  Elle redoute sa réaction s'angoissse pour l'avenir.

 

Il est là, devant elle. Il s’excuse. Embêté.  Il ne sait pas comment il est arrivé là. L’idée lui est venue, tout à coup....

 

Ils ont parlé toute la nuit. Leur décision est arrêtée. Ils s’aiment, ils vivront ensemble. Advienne que pourra.

 

Alors, en quelques instants, Valérie se transforme. Ses yeux sont lumineux, d’un vert éclatant, une douce fourrure gris-bleu apparaît, ses oreilles pointent. Une Femme-chat. Fasciante de grâce, de beauté. Alliage raffiné de féminité et de félinité. Une planète lointaine, d'une encore plus lointaine galaxie, a produit cette merveille. Cet être extraordinaire.

 

,Mais l’homme blond et grand se contente de sourire vaguement face à cette transformation. Et lorsqu’elle tourne enfin son regard vers lui, c’est un superbe homme-lion qui l’enlace tendrement dans ses puissantes pattes. 

La seule bonne question : à qui ressemblera l’enfant ?

 
 
 
 
28 de novembro

UN COEUR EN AUTOMNE.

 

 

Comme chaque jour, Emma s’installe sur le banc du petit parc, ce parc  qui jouxte l’avenue où elle habite à présent, auprès de sa fille.

 

Une larme discrète roule sur son visage, glissant dans le lit d’une ride profonde.

 

Mais si les premières semaines de cohabitation ont été idylliques, au fil des jours, devenus des semaines, elles-mêmes transformées en mois, il n’en va plus de même.

 

Les petits riens, remarques, minuscules accrochages, petit rus au départ, sont devenus rivière, puis fleuve.  Et ce fleuve l’emporte vers un Océan d’incompréhension, d’agacement, de tensions diverses. Et ce fleuve la sépare « d’eux », sa fille, son mari, ses enfants.

 

Ils sont sur une rive, elle est restée sur l’autre.

 

Sa fille s’irrite de ses lenteurs, des quelques remarques émises et qu’elle aurait mieux fait de taire.  Sur l’éducation des enfants…Sur ces draps  jamais repassés avant de les tendre sur le lit.

De mots maladroits en malentendus, le fossé se creuse.

 

Depuis peu, les enfants l’évitent. Son gendre fait preuve d’une politesse glacée, distante. Et  sa vie, doucement, se transforme en désert affectif.

 

Elle est la « pièce rapportée » à un tout compact et homogène. Une pièce d’un puzzle qui n’est pas le sien, où elle n’a pas sa place.

 

Alors, pour les laisser entre eux, chaque jour elle disparaît de longues heures, se perdant sous les ramures basses d’arbres centenaires, rêvant à ce temps où Caroline, petite encore, était proche d’elle.

 

Au fil du temps, son banc favori devient le rendez-vous des oiseaux. Chaque jour elle émiette un peu de ce pain qu’elle glisse en catimini dans son sac. Malin et vite familiers, ils picorent à ses pieds. Certains s’enhardissent, volent les miettes entre ses doigts.

 

Les mots, ce matin, tombent, durs, secs.  Elle demande à partir en maison de retraite, à quitter ce foyer qui n’est pas, ne sera jamais le sien.

 

Elle souffre de ne plus voir en cette jeune femme qui est sa fille, qu’une inconnue. La tendre enfant s’est transformée en femme efficace, organisée et pressée, menant son foyer avec autant de capacités que son job, comme elle l’appelle.

 

Et cette femme efficace lui répond qu’elle s’est renseignée, déjà. Qu’aucune maison de retraite ne dispose de place pour l’instant.

 

Elle fait mal, cette réponse. Elle avait espéré… Espéré quoi, exactement ?  Des protestations de tendresse, d’amour. La promesse d’une meilleure compréhension, d’une plus grande communication, d’un pont enfin jeté sur le fleuve, qui relierait les deux rives ?

 

Alors, ses absences s’allongent.  Elle passe d’interminables heures, assise sur son banc.

 

Depuis plusieurs mois, lorsqu’elle s’y installe, presque par tous les temps, une jeune femme et sa fille se joignent à elle.

 

Au début, les oiseaux furent le lien, l’entrée en discussion. Puis, d’un mot par-ci, d’une allusion par-là, elles apprirent à se mieux connaître. Elles sont seules, isolées toutes les trois. Ces moments les réchauffent, elles se réchauffent mutuellement.

 

Les larmes ne coulent plus, ou rarement, sur le vieux visage ridé. Et les yeux, les yeux bleus délavés par le temps, les peines, les soleils trop forts, les nuits trop sombres, les yeux bleus d’Emma brillent de joie quand elle s’en va au parc, chaque après-midi.

 

Le temps à passé.  Presque un an déjà depuis la première rencontre avec la jeune femme et sa fille.

La vieille dame ne vient plus aussi souvent s’asseoir sur le vieux banc de bois.

 

Il fait si bon vivre chez Claire et Violette. 

 

 

 

 

 

 

     
 Pas de mystère, pas de suspens.  Juste une histoire. Une histoire vécue par des milliers de vieilles personnes.
Ne vaut-il pas mieux offrir des fleurs à un(e) vivant(e) que d'en déposer sur sa tombe ?
 
 
26 de novembro

MEMERE

 

Mémère, comme elle se nomme elle-même, passe ses journées à courir pour aider les trois autres locataires du petit immeuble dont elle occupe depuis plus de trente-cinq ans, un appartement, l’appartement du premier gauche.

 

A soixante-sept ans,  malgré des jambes douloureuses,  un embonpoint assez conséquent, elle est la plus valide encore, la plus jeune aussi, de tous les locataires.

 

Il ne se passe pas une journée sans qu’elle parte vaillamment , par tous les temps, chercher le pain pour Isabelle Ruchet, sa voisine de palier, le sirop de grenadine pour José, le locataire juste au dessus d’elle, ou quelques autres courses pour l’un ou l’autre.

 

Aujourd’hui, comme tous les premiers vendredis du mois, son panier est particulièrement lourd. Ce soir, à vingt heures précises, tous se réunissent chez elle, pour déguster un verre de porto en grignotant petits gâteaux et chips

 

Comme d’habitude, les conversations s’entrecroisent.  Le vin réchauffe l’atmosphère.  Des rires fusent, vite réprimés par la bienséance, la bonne éducation d’un autre siècle.

 

Isabelle Ruchet, ancienne infirmière en psychiatrie, égrène des souvenirs.

 

 L’un d’eux fait réagir l’assemblée, par son caractère particulièrement triste.

 Elle parle de cette toute jeune fille, internée durant trois longues années, après avoir étranglé son bébé de huit jours. N’ayant pas été jugée responsable de ses actes, elle fut soignée jusqu’à ce que les médecins la déclarent guérie.

 

Isabelle Ruchet, depuis un moment tente en vain de se souvenir du nom de la jeune fille. Elle maudit l’âge qui rend sa mémoire défaillante.

 

Les Armentier on l’air un peu perdu, au récit qu’ils viennent d’entendre et échangent, plus d’une fois un regard inquiet, interrogateur.

 

José s’est vite désintéressé de ce cas . Il estime que le temps a passé et qu’il vaut mieux laisser cela sous la couche de poussière et d’oubli qui recouvre l’histoire.

 

Aline Duchêne  à pâli, s’est étranglée et a dû se retirer dans la salle de bain, pour reprendre souffle et dignité. Visiblement, l’émoi l’a envahi au récit de sa vieille amie.

 

Le récit d’Isabelle ne laisse personne indifférent, à l’évidence.

 

La conversation bifurque enfin, chacun parle de ce qui l’intéresse. Un mouvement général.  Chacun se rapproche de celui qui lui correspond le mieux, celui en qui il trouve quelque affinité. 

Seule isabelle Ruchet, tout au long de la soirée, tente de se remémorer le nom de la jeune fille en question, sans succès ; cela lui gâche un peu son plaisir. 

Même le porto, servi généreusement par une hôtesse lasse mais parfaite, lui semble légèrement plus amer  qu’à l’ordinaire.

 

Isabelle Ruchet est morte dans la nuit même.

 Mémère, toujours dévouée et attentive, s’est étonnée de ne pas l’entendre remuer, derrière le mur qui  sépare leur appartement respectif, comme cela se produit chaque matin.

 

Vers onze heures, inquiète, elle a frappé à sa porte, sans obtenir de réponse.  Elle a alors utilisé la clé que la vieille dame laissait sous l’angle droit du paillasson.

Elle gît, morte dans son fauteuil, même pas débarrassée du châle qu’elle avait jeté sur ses épaules frêles pour se rendre chez sa voisine, la veille au soir.

Morte de mort naturelle, pronostiquera le médecin appelé en urgence.

 

Morte avant d’avoir pu se souvenir du nom de cette jeune fille folle .

 

Les jours ont passés, les semaines, les mois.

 

Lise Armentier vient de se suicider, laissant une longue lettre .  Un terrible plaidoyer pour cette jeune fille folle quelle fut à seize ans, il y a longtemps, très longtemps, si longtemps.

Une lettre où elle demande pardon à son mari de lui avoir caché la vérité et à la société tout entière d’avoir assassiné avec les somnifères qu’elle conserve toujours dans son sac, une très vieille dame qui voulait absolument se souvenir.

 

 

                                           )°-°)°-°)°-°)°-°)°-°)°-°)°-°)°-°)°-°)

 

 

Question : qui ose dire qu'il n'a pas pensé à Mémère, comme coupable ? looool

 

 

 

 

 

 

25 de novembro

Bienvenue

 

Citer

bienvenue
Image hébergée par www.image-dream.com
 
 
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Pour toutes et tous. Que les dieux vous soient cléments, que les vents vous poussent vers des rivages accueillants.
 
 
 
 
Ne laissez pas de comm. sur cette page, elle sera bientôt effacée, et je n'aime pas perdre la trace de mes amis, connus et inconnus
22 de novembro

Coup de g....

Ras le bol.  Ras le bol des comm. banals, indifférents, vagues, impersonnels. Des formules toutes faites, des phrases cent fois écrites, éculées comme une vieille paire de chaussures.
 
 
Si on n'a pas le temps, par l'envie, moi je comprends.  Pas de souci. Mais mieux vaut le silence que les "lieux communs", toujours redits.
 
S'il s'agit de "rendre la politesse" suite à ma propre visite, il vaut mieux ne rien écrire que de rester vague, impersonnel.  C'est pis que l'indifférence ça.
 
Bien sûr,je ne m'en prends pas à ceux avec qui j'échange plus ou moins régulièrement et toujours avec un plaisir renouvellé. Pas question de les sermonner, ils sont toujours formidables et je trouve dans mes contacts avec eux (je ne les nommerai pas) une chaleur humaine, une tendresse que je ne voudrais perdre pour rien au monde.  Ils se reconnaîtront sans problème.
 
 Non, non, je parle de ceux chez qui j'ai été me promener, chez qui j'ai pris la peine de lire, de voir. Chez qui j'ai pris du temps pour apprécier et tenter de cerner, tant bien que mal car ce n'est pas toujours aisé, la personnalité, justement pour laisser un comm qui "sonne juste" et se rapporte à la fois au blog et à celui qui l'a créé.
 
Et de qui, en retour, je reçois des messages indifférents, impersonnels.
 
Voilà, ça va mieux.  C'est pas grave en soi, mais ca me mettait de mauvais poils.
 
Alors, envoyez moi des comm. qui parlent vraiment.  De vous de préférence.
 
"Je joue avec les mots... Et si les mots étaient faits pour ça ?
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
21 de novembro

métro

Il s’est assis dans cette rame de métro qui le ramène chez lui, journée de cours terminée.  Rien ne peut présager ce qui va arriver. Mais il a chaud, tout à coup, il sent comme un malaise, un vertige. Son front se couvre de sueur, ses mains sont moites.  Il déteste ça.

Puis tout revient à la normale. Tout ? Non, tout n’est pas normal. Il sent une présence, des impressions étrangères s’insinuent  en lui.  Le mal être grandit lorsqu’il regarde la jeune fille, assise en face de lui, montée il y a trois stations.

 

Avec terreur, il se rend compte qu’il ressent ce qu’elle ressent, qu’il entend ce qu’elle pense.

 

Et justement, ce qui n’est pas fait pour diminuer son trouble, elle pense à ce soutien-gorge trop étroit qu’elle a acheté sur un coup de tête, et surtout parce qu’il était en solde. Il l’a gêne, meurtrit le côté des seins, la douce courbe violée dans ses formes par les armatures rigides.

 

Il ressent la pression du tissus un peu rêche, sans doute un nylon bon marché, l’élastique trop tendu, les bretelles qui tirent sur les épaules.

 

La sueur l’inonde, la panique l’envahit.  Délire, il devient malade.

Il détourne son regard d’elle, et ne perçoit plus grand-chose, les sensations diminuent.

Son regard vacille, se pose alors sur le vieil homme, assis à côté de la jeune fille, coincé entre son sac et la fenêtre sale.

 Tristesse, solitude. Ce sontles sentiments qui l'envahissent.  Il se sent las  tout à coup.   Un vide, dont l’homme, habitué qu’il doit être de vivre avec, ne se rends pas vraiment compte.  Pourtant, un prénom remonte : Elise. Un appel,  une détresse. Sa femme.  Le vieil homme ne sait que faire. Il est dans la peine, le chagrin. Sa fille unique est malade.

Non, non Jérôme ne veut pas en savoir plus.  Vivement il détourne son regard, il commence à comprendre la règle de ce jeu de dément.

 

En fait, elle est simple, s’il regarde le visage de quelqu’un, il plonge directement en lui.  Il panique à nouveau.  Comment a-t-il pu arriver à ce résultat.  Rien de particulier ne s’est passé dans sa journée.

 

Premier réflexe : contrôler mentalement tout ce qu’il a pu absorber aujourd’hui.  Rien de particulier. Du soda, deux sandwiches et une tartelette aux fruits. Y a pas de quoi fouetter un chat.

 

Perplexe, il tente de se remémorer les gens rencontrés.  Mais sur un campus universitaire il y en a tellement.  Etudiants, professeurs, visiteurs… Là non plus, rien de marquant.

 

De plus en plus paniqué, il passe en revue les lieux de passage.  Les labos, les pelouses, le secrétariat où il a remis un document quelconque, le métro, la cafétéria où il a pris son repas, comme des centaines d’autres…

 

Il respire, tente de se détendre.  Il a eu une hallucination, c’est tout. Il va le prouver immédiatement.  D’un mouvement rapide et décidé qui l’empêche de réfléchir et de peser le pour et le contre, il relève la tête.  Les deux regards se heurtent. Celui de la jeune fille est lumineux, d’un bleu qu’il n’a jamais rencontré. Il a l’impression de se perdre dans le bleu de l’océan. Un bleu outremer absolument parfait.

 

Elle lui sourit gentiment, avant de reprendre sa lecture, indifférente.

Mais il a perçu sa pensée, à nouveau.  Elle se demande comment elle pourrait se débarrasser discrètement de ce sous-vêtement qui l’empêche de respirer et ne trouve pas de solution.  Elle songe au long trajet qui lui reste à faire, avant de rejoindre sa lointaine banlieue, par le métro,puis par le bus.

 

Le vieil homme se lève et descend de la rame, le dos voûté, l’air fatigué, usé.

 

Deux hommes sont montés.  Jérôme est toujours sous le choc.  Un mal à la tête d’abord insidieux,  puis de plus en plus pressant, lui vrille le crâne.

 

Instinctivement il a levé les yeux lorsque les deux hommes sont montés et là, la peur, la vraie peur l’a submergé, brisant tous ses moyens de réflexion, de réaction.

 

Ils ne pensent qu’à cela, le sac, la bombe, détruire.  Tuer le plus possible de personnes, causer un maximum de dégâts, humains et matériels.

 

Ils se réjouissent de mal qu’ils vont faire, des remous que cela va provoquer.  Déstabiliser, tuer, voilà leur mode de pensée.  Pas d’idéal, pas de vraie cause.  Le plaisir de détruire.  Pur désir de nuire.

 

Le plus proche de Jérôme, le plus jeune, pense qu’il a encore près d’une demi-heure avant l’explosion. 

 

Doucement Jérôme reprend ses esprits. Se calme.  Il veut être médecin et un bon médecin. C’est son idéal, sa logique de vie.  S’il panique à la moindre alerte, au moindre contretemps, il n’a plus qu’à changer de profession.  Il se sermonne et le calme revient.  Son cerveau fonctionne à nouveau clairement, les battements du cœur se régularisent.

 

Il ne veut pas mourir, mais il ne veut pas quitter le métro sans avertir les autorités.

 

D’un geste ennuyé, il étend ses jambes, comme quelqu’un assis trop longtemps, ankylosé.  Puis il secoue doucement la tête, l’air de dire que ça ne va pas, comme s’il se parlait à lui-même.  Un des hommes l’observe attentivement.  Pas la peine de se faire remarquer.

 

 Deux solutions : ou il provoque un incident, ameute tout le monde et c’est la panique avec toute ses conséquences – et rien ne lui garantit que ces hommes ne peuvent pas provoquer l’explosion plut tôt que prévu – il ne lit rien dans leur pensées à ce sujet et se garde bien de trop les regarder.  Ou il fait semblant d’être un peu malade, se lève pour faire quelques pas, s’éloigne lentement et avertit les autorités.

 

La seconde option est prise immédiatement.

 

Son cœur se serre. Il a vingt-deux ans, brillant étudiant, troisième année de médecine ce qui n’empêche pas un cri silencieux mais profond de s’élèver au plus profond de lui : maman.  Il ne pense plus qu’à elle.  Elle est et a toujours été son « point fixe », son ancre, son balancier.  Elle est toujours là,  tendre et discrète, n’apparaissant qu’en cas d’urgence, de crise.  Tendant la main dans les passages difficiles, s’effaçant quand tout va bien, simplement.  L’idée de ne plus la voir lui fait ouvrir la bouche d’angoisse.  Il imagine sa peine si …

 

A cette idée, il se lève et ses voisins concluent qu’il ne se sent vraiment pas bien. Personne ne s’interpose. Il est libre de ses mouvements.

 

Il s’éloigne le plus possible.  Au fond, un policier sommeille. Une chance.

Explications.  L’homme est intelligent, vif d’esprit.  Heureusement. Jérôme a prétexté avoir entendu les hommes parler entre eux.  Vraiment, il ne se voit pas commencer à narrer sa propre mésaventure.

 

Tard le même soir,Jérôme est assis sur son lit. L' étrange faculté a disparu comme elle est venue. En quelques heures il est redevenu « normal ».  Il n’explique rien.  Cela a été.  Il repense à la jeune fille.  Aux immenses yeux d’un bleu extraordinaire.

 

Il est amoureux.  Follement amoureux.  Comment la retrouver dans cette ville gigantesque ?

 

Les mois ont passés.  Il n’a rien oublié. L’hiver est là, vent glacial, neige.  Le regard bleu vit, brille quelque part en lui.

 

Il cherche un taxi, les bras chargés des cadeaux de Noël.  Impossible de rentrer par le métro, avec tous ces paquets-là.  Il va en perdre la moitié. Oui, mais un taxi, par ce temps…  Lorsqu’il en trouve un, une silhouette encapuchonnée se précipite, s’y engouffre par une portière au moment où il atterrit sur la banquette, par l’autre portière. D’immenses yeux bleus le regardent. 

 

La vie est belle, Jérôme.

13 de novembro

chemin de glace.

La neige la glace, elle déteste ces journées pleines de froid, de vent, de glissades plus au moins réussies, de ce snobisme lattent ou affiché qu règne dans la plupart des stations de sports d’hiver, ces remontées qui lui donnent le vertige.

 

Elle revient lentement vers l’hôtel, alors que le jour commence à tomber. Seule.  Lui s'était élancé, depuis l’aube, sur les pistes noires, celles auxquelles elle n’ose même pas songer.  Et dès le second jour, une combinaison rouge l’avait accompagnée, d’assez loin d’abord, de bien plus près ensuite.  De bien trop près. Une combinaison rouge surmontée d’une très jolie tête blonde.

 

Elle a eu le temps de se baigner longuement, d’enduire son corps de cette crème parfumée qu’il aime tant, d’enfiler un peignoir, de se brosser les dents, puis les cheveux.  Elle passe ensuite à la manucure, pose un vernis d’un rouge sombre et chaud.  Comme son amour pour Alain.

 

Elle le guette longuement à la fenêtre, dissimulée derrière les lourdes tentures couleur bouton d’or de leur chambre d’hôtel.  Il remonte à présent le chemin, les skis sur une épaule, l’autre occupée par un bras vêtu de rouge. 

 

Visiblement, la combinaison rouge a trouvé un moyen d’approche infaillible auprès de tout homme qui n’est pas un parfait mufle.  Elle simule une douleur quelconque, probablement au genou ou à la cheville, pense Carole. 

 

Les larmes lui montent aux yeux. Elle n’est qu’instinct, intuition, comme ces animaux qui sentent arriver l’orage ou une catastrophe naturelle. Elle a peur.  Peur de cette silhouette fine et gracile, de ces longs cheveux blonds, peur de l’avenir, son avenir avec Alain.

 

Ne pas lui montrer son désarroi.  Elle s’active, usant d’ artifices, elle se débarrasse de son peignoir, enlève son soutien-gorge, se place devant le miroir.  Sa poitrine … c’est son atout.  C’est la perfection, elle le sait.  Elle est prête.  Dès qu’elle entend la porte s’ouvrir, elle fait mine d’ajuster le petit morceau d’étoffe rouge sombre, assorti à son vernis.  Son sourire est éclatant.  Elle va se battre, elle veut se battre et se battre pour gagner.  Elle connaît ses forces, ses faiblesses.  Si elle parvient à éliminer ses faiblesses, elle gagnera. 

 

Elle ne sait pas que justement, ce sont ses faiblesses qui charment Alain, que c’est sa fragilité, sa douceur qui l’émeuvent. Non sa force.

 

Peut-être… Peut-être, s’il l’avait trouvée effondrée en larmes, eut-il réagi différemment.  Mais la voir rayonnante, sûre d’elle et de lui, fait monter, inexplicablement, une sorte de rage en lui.  La conscience qu’il n’est pas libre.  Elle le « tient » et n’en doute pas.

 

Un besoin cruel d’effacer ce sourire qu’elle affiche submerge tout, noie le bon sens, l'amour qu'il lui porte depuis plus de trois ans.

Il ne voit pas ses efforts pour ne pas pleurer, sa poitrine si parfaite, son regard un peu trop brillant.

 

Une toilette rapide, quelques mots : je sors ce soir, ne m’attends pas.

 

La chambre est vide, en désordre.  Recroquevillée sur elle-même, sur sa douleur, elle est devenue sourde et aveugle à tout ce qui n’est pas sa peine.  Il ne rentre pas de la nuit. L’attente est insupportable, insoutenable.  L’imagination étaye  son chagrin.  Ce qu’elle ne sait pas, elle le construit, le bâtit, au cours d’interminables minutes, qui forment d’interminables heures et lorsqu’elle arrive à l’aube de cette interminable nuit, elle n’est plus qu’une petite chose vidée de toute substance par une souffrance trop grande.

 

Il n’est pas revenu. Lentement elle range ses affaires dans la valise. Que faire d’autre que rentrer à Paris, vite, très vite. Fuir ce lieu maudit, ces gens joyeux.  Dans trois jours, le Nouvel An.  Elle range dans un coin de la valise le cadeau prévu à cette occasion.  Un livre ancien, comme il les aime.

 

Elle cache ses yeux, et elle toute entière, derrière de grandes lunettes solaires. 

Son appartement est triste, sent le renfermé.  Sans même se débarrasser, elle se couche sur son lit.  Elle pense à la dernière fois….là même où elle est lovée à présent.  Ils riaient, parlaient d’adopter un chat, de mettre un bébé en route, suivant son expression.  Et il mettait un coussin sur son ventre à  elle. Et le drap par-dessus et se moquait gentiment d’un ventre qui n’était pas encore rond.  Qui ne serait jamais rond.

 

Elle a passé le Nouvel An seule,  blottie dans son grand fauteuil. Espérant à chaque instant un appel.  Un appel de lui.  Rien.  Elle se sent oubliée de tous, du monde entier. 

 

Des mois durant, elle porte, quel que soit le temps, quel que soit le lieu, ces lunettes noires derrières lesquelles elle cache mal des yeux rougis de pleurs, de fatigue, de nuits blanches passées en attente vaine et désespérée.  Alain…

 

Elle n’a pas eu le courage de descendre à la poubelle les objets qui lui appartiennent.  Elle les a déposés dans une grande caisse en carton, bien fermée, au fond de la cave.

 

Doucement, lentement, elle réapprend la vie.  Elle se surprend à sourire, à rire même, de temps  à autre.  A apprécier à nouveau ce vin de Cahors qu’ils aimaient tant boire ensemble, le soir, en grignotant du fromage.

Il y a un an.  Elle se souvient, il y a exactement un an, elle vivait l’enfer.  Elle va mieux, sans aller bien.

 

Ce vendredi est un vendredi comme un autre, ni plus ni moins.  Pourquoi décide-t-elle, justement ce jour-là, d’effectuer ses achats du week-end à l’heure du déjeuner.  Dans la foule, prête à traverser dès que le feu sera vert, il y a une silhouette, une silhouette qui ne porte pas de rouge, mais qui ne ressemble à aucune autre silhouette..  Une silhouette gravée à jamais dans sa mémoire. Qui ne peut être, qui n’est que celle qui lui a volé Alain, il y a un an.  Carole s’en rapproche, de cette silhouette, se fraye un passage parmi la foule.  Même cheveux blond, même visage. C’est elle.  Incontestablement.  Celle qui a détruit sa vie, saccagé son amour.

 

Un mouvement de foule, un geste rapide.  La silhouette roule sur la chaussée, alors que le feu est encore rouge pour les piétons. Le conducteur de la voiture rouge n’a pas eu le temps de freiner.  Le corps est projeté à plusieurs mètres du point d’impact. La silhouette est morte sur le coup.

 

Carole s’éloigne lentement.  L’ambulance est repartie sans faire fonctionner sa sirène.  A quoi bon ?

 

Si le temps a passé, elle n’a rien oublié.  Ce geste, presque totalement inconscient, involontaire.  Presque…. Presque ? Elle ne sais plus.

 

Mars, le vent souffle en giboulées glaciales.  Carole s’engouffre dans un bar.  Elle n’a qu’une idée, se réchauffer un peu.  Pas une place.  Un homme seul, à un table.  Elle ne le regarde pas, perdue dans ses pensées.  Elle est toujours un peu distraite, un peu absente depuis l’accident, depuis qu’une ambulance est repartie sans faire résonner sa sirène.

 

Elle s’installe à cette table, après en avoir vaguement demandé l’ autorisation.  Ce n’est qu’au son de la voix qui lui répond qu’elle lève la tête, se réveille.  Alain.  Mais un Alain triste, maigri, les yeux cernés, aux bords rouges.  Un pli amer à la bouche qu’elle ne lui connaît pas. Alain, mais avec quinze ans de plus.

 

Silence, gêne.  Elle ne l’a plus jamais revu depuis ce soir où il a quitté la chambre d’hôtel, où il a quitté sa vie sans un mot d’explication.

 

Et il parle à présent. Il explique, se justifie, gêné. Coup de foudre, plus rien ne comptait. Elle  semblait forte. Il ne s’est pas inquiété trop, il savait qu’elle en sortirait.

 

Il a épousé Nicole trois mois plus tard.  Ils venaient de fêter leur anniversaire de mariage. Elle a été écrasée par une voiture en tentant probablement de traverser alors que le feu était rouge pour les piétons.  Il lui dit que tout ce qui est arrivé est de sa faute, qu’il lui avait demandé de faire vite, de rentrer rapidement.  Elle s’est empressée de lui faire plaisir.  Elle en est morte.  Il est inconsolable.  Elle était enceinte de trois mois. 

Il parle, parle encore encore et elle n'entend plus.

 

Carole fuit, fuit le bar, ses pensées, sa vie, elle marche, marche, marche depuis des heures dans la ville glacée. Supportant sans même les sentir les attaques du vent, de la neige qui tombe par intermittence.  Elle marche, marche, sans s’arrêter, sans presque respirer.  Enceinte, elle était enceinte.  Elle revoit son geste.  Elle s’était placée juste derrière la silhouette, et d’un coup d’épaule très naturel en se retournant, avait projeté la silhouette sur la chaussée.  Elle revoit sans cesse, en boucle, ce bref instant de mort.

 

Elle rentre enfin chez elle, gelée, engourdie, emplie  de honte et de remords.  Lentement, elle prend son bain, enfile ce joli soutien-gorge qu’elle n’a plus remis depuis ce soir-là, celui où l’homme qu’elle aimait plus que tout  est parti de sa vie pour ne plus y revenir.

 

Elle se parfume, s’habille en fête, se maquille.

 

Elle est morte depuis plusieurs heures lorsque, par hasard, sa concierge entre chez elle avec son passe pour lui remettre le courrier qu’elle avait oublié dans le hall.

 

Parmi les prospectus en tous genres, une lettre sobre déposée par l’expéditeur lui-même. Une lettre où Alain lui demande de lui pardonner, lui demande de renouer doucement avec lui, avec la vie, avec le bonheur.

08 de novembro

LES YEUX FERMES...

Les yeux fermés, immobile, elles écoute les femmes parler.  Un lézard passe sur son pied si immobile dans la chaleur écrasante.  Chuchotements... Parfois un rire fuse, vrille l'air brûlant.

Puis le silence retombe et seul le chant des grillons se fait entendre, grinçant, lancinant.

De quoi parlent-elles, de qui parlent-elles ?  De quel droit parlent-elles de lui.  Entre ses paupières presque closes, le bleu de la mer pénètre jusqu'au fond de son âme, jusqu'au plus profond de son être. Son rire...

Le chemin caillouteux qui mène jusqu'à La Maison retentit de bruits de voix fraiches. Les jumeaux reviennent d'une balade.  Sarah la Gitanne, tout en rouge, court devant.  Thomas marche lentement, les yeux rivés au sol.

Il était arrivé par ce même chemin, six ans auparavant.  Les yeux fermés, elle entend encore son pas de citadin, peu habitué à ces sentiers rugueux, un peu diffiles. Il avait laissé son véhicule plus bas, vers le village.

Elle sent à nouveau cette eau de toilette qu'elle aimait, son parfum à lui, sa marque, sa trace.

Il avait simpelemnt demandé une chambre, un peu d'eau fraîche. Une semaine.... Il était resté jusqu'à Noël.

Il était peintre, riche et célèbre.  De la montagne à la mer, il peignait tout, à longueur de journées.  Les oliveraies, les gens, le village.  Il rentrait le soir, cuit par le soleil, affamé. à peine fatigué,   Il riait, mangeait, buvait avec une joie de vivre qui l'illuminait. Tous devenaient tristes, ternes à son côté.

Difficile de ne pas l'aimer. 

 Il y eut des jours de rires, de bonheur.  Ils dégringolaient les chemins sur une vieille bicyclette rouillée, elle assise sur le porte bagages . Ils mangeaient sur la plage, dormaient au creux du sable, au creux l'un de l'autre, sous un soleil complice.

Les soirées étaient douces, les nuits tendres et chaudes.

Ce soir-là, Maria s'était éloignée du feu allumé, des hommes et femmes qui riaient, dansaient. 

Seule Emma l'avait vue, appuyée contre le tronc d'un olivier, regarder au travers de ses cils baissés, cet homme qui venait de loin, seule Emma sentit le danger, huma le malheur.

Elle n'en parla jamais à personne, ne dit jamais qu'elle vit Maria s'éloigner encore,sortir complètement du cercle lumineux des flammes. Elle ne dit pas qu'elle vit  l'homme se lever, la rejoindre, qu' ils discutèrent longtemps.

Elle ne parla pas des larmes dans les yeux de Maria, lorsqu'elle revint s'appuyer au tronc de l'olivier.

Il ne se coucha pas cette nuit-là, ne dormit pas.  Tout au long de ces dernières heures, il garda les yeux secs, grands ouverts sur le ciel étoilé. Il partit avant l'aube.

Maria se referma sur le creux qu'il avait laissé dans son âme, comme une tête laisse une empreinte dans l'oreiller, se concentra sur ce petit bout qui grandissait en elle. 

Et on parle toujours de lui.  De cet été-là, de ce temps-là qui était plus heureux, plus beau. Ce temps où un rire d'homme résonnait dans La Maison, où le pas d'un homme couvrait le chant grinçant des grillons.

Aucun étranger n'avait jamais plus été accueilli dans La Maison.  Les femmes, une fois encore, s'étaient repliées sur elles-mêmes.

Les femmeschuchotent toujours, à l'autre bout de la terrasse. Puis, l'une après l'autre, se lèvent, s'activent. Les ouvriers vont rentrer des champs, des oliveraies, il y a toujours du travail, un repas à préparer...

Elle garde les yeux fermés, fermés sur la vie, fermés sur ces images de bonheur, sur ses souvenirs. Thomas et Sarah, six ans déjà.

Pas un signe, pas un mot. Cette dernière nuit, elle ne l'a pas passée dans ses bras, au creux de son épaule.  Assise au pied de l'olivier, elle a rêvé.  Elle n'a plus jamais cessé de rêver,de le rêver.

Les femmes ont disparu dans l'ombre de la grande salle. Les bruits familiers s'échappent de cette grotte fraîche et sombre. Le rire des jumeaux en jaillit parfois.

Le lézard a fui au premier mouvement, elle est seule sur la terrasse, dans ce fauteuil où il aimait s'installer... Il y a six ans, une éternité.

Un pas un peu lourd, un peu fatigué, fait rouler les cailloux du chemin qui monte jusqu'à La Maison.  Elle ne bouge pas.  Perdu dans son éternel rêve toujours recommencé, jamais terminé.

"Je voudrais une chambre pour toute une vie et un peu d'eau fraîche"  Elle rêve, elle dort...Elle sent son parfum. Doux rêve, reviens...

Non, elle ouvre ses yeux éblouis d'avoir été fermés si longtemps à la lumière, à la vie, à l'amour. Il est là, debout devant son fauteuil, à peine changé, à peine vieilli.

"Je t'aime.  Plus que tout, je crois.  Je veux vivre avec toi...Je ne repartirai pas."

 

 

 

 

 

 

06 de novembro

Hélène

Elle est assise à table. Une table bien mise, où rien ne manque, pas même le petit bouquet de fleurs qui égaie agréablement la nappe en lin blanc et les serviettes assorties.  Les enfants, en face d'elle, s'agitent un peu.
 
Elle a entendu, un étage plus bas, la porte du Cabinet médical de son mari se refermer doucement, puis la porte d'entrée claquer, lègèrement plus fort, signe que la dernière patiente est bien partie.  D'habitude, Pierre monte quatre à quatre les escaliers pour déjeuner avec sa famille. Mais c'est le silence qui règne pour l'instant.
 
Les minutes passent. Pierre ne monte pas.  Et elle ne sait que faire.  Elle n'a jamais su prendre une décision, effectuer un choix. Enfant déjà, elle était maladroite, empotée, lente et indécise.  On la bousculait, se moquait.  Elle savait qu'elle aurait pu y arriver, avec du calme, un peu de patience de la part de son entourage, de ses compagnes de classe, de ses professeurs.  Mais dès qu'elle est bousculée, elle perd tout ses moyens.
 
Alors, elle a trouvé la parade.  Simple et efficace, elle a forcé la note, augmenté volontairement ses défauts, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus jamais sollicitée.  Hélène ?  Ne lui demandez rien, elle n'y arrive jamais.
 
D'ailleurs, tout ce qui n'est pas son home et ses enfants n'interpelle absolument pas son intérêt.  Elle ne parle que de sa maison, sa décoration, la rougeole de Christophe, la grippe de Mathilde.  Layette, pédiatre, recettes de cuisine ça oui.  Elle a trouvé son petit truc à elle, pour éviter de participer aux conversations lors des réunions, qu'elles soient familiales ou amicales : elle tricote.  La tête humblement penchée sur son ouvrage, elle s'absorbe et personne n'ose interrompre ce qui semble un sérieux labeur. 
 
En fait, ses doigts travaillent automatiquement.  Son esprit compte les points presqu'inconsciemment, tandis qu'en réalité, elle écoute attentivement ce qui se passe autour d'elle.
 
Mais pour l'instant, comme à l'ordinaire, dès qu'une situation, si minime soit-elle, sort de la routine, elle perd tout contrôle, toute logique.
 
Il y a plus de dix minutes que la pote d'entrée s'est refermée.  Tina, la petite bonne, a déjà passé le bout du nez deux fois.  Par deux, fois Hélène l'a renvoyée avec agacement. 
 
A la cuisine, le gigot doit se dessècher, les légumes seront glacés.
 
 
Mais que fait-il ?  Elle se tord les mains d'énervement.  Que doit-elle faire ?
Doit-elle faire arrêter le four, sortir le gigot ? Réchauffer les légumes ? Elle est paralysée par cette espèce d'angoisse qui la prend à chaque prise de position.
 
Elle pense également qu'elle devrait peut-être descendre, voir si Pierre n'est pas malade.  Mais elle n'ose pas.  Pierre, pour elle est un géant.  Un géant protecteur.  Elle s'est toujours abritée au creux de son épaule, s'est toujours appuyée à son bras.  Elle s'est toujours tournée vers lui, à chaque moment de sa vie.  Pierre décide tout, dirige tout.  Du choix du lieu de vacances, jusqu'à l'école fréquentée par les enfants.
 
Bien avant leur mariage, elle lui a dit sa crainte, son impossibilité à prendre la bonne décision au bon moment.  Il lui a simplement rétorqué que jamais, jamais plus elle ne devrait décider.  A partir de cet instant, il se chargeait de tout, absolument de tout ce qui pourrait faire leur vie.
 
Il y a quinze ans qu'elle vit ainsi, se laissant porter au gré du temps, au gré des saisons et de la vie.
 
Et, pour la première fois, Pierre n'est pas là pour décider, puisque c'est de lui qu'il s'agit.
 
Descendre ou non ?  Réchauffer les légumes ou non, sortir le gigot ou non ?
 
Hélène a l'estomac contracté, les mains moites.  Son énervement est d'autant plus grand qu'ils passeront ce week-end chez les Robinson, avec quelques autres connaissances.  Cela la terrifie littéralement.  Il va falloir parler, au moins pour dire bonjour, bonsoir, merci, oui ça va.  Après, elle retourne à son travail d'aiguilles.  Mais elle ne peut éviter un strict minimum de civilités.
 
Elle se sacrifie pour Pierre, qui a terriblement besoin de se reposer, de se changer les idées.  Mais s'il ne tenait qu'à elle.... 
 
Elle pense à l'immense propriété des Robinson, à ce petit bois qui jouxte le jardin, à sa noirceur dès que la nuit tombe et à sa frayeur à elle, qui déteste la nuit, le noir.
 
Pourvu qu'ils ne se mettent pas en tête, comme la dernière fois, d'organiser un jeu après la nuit tombée, un jeu auquel elle a été contrainte de participer et qui, justement, avait lieu dans le bois.  Une terreur rétrospective la fait frissonner des pieds à la tête.
 
Elle regarde sa montre.  Il y a près de vingt minutes que Pierre devrait avoir quitté son Cabinet.
 
Les enfants s'énervent, se plaignent de la faim, de la longueur de l'attente.
 
Pierre ne supporte pas les enfants geignards.
 
De sa voix qui, à  force d'êre douce, en devient  sans force ni volonté, elle prie les enfants de faire moins de bruit.
 
Elle va descendre.  Tant pis si cela le contrarie.  Il faut agir.  Elle hésite encore : se lève, se rassied pour se relever encore et s'arrêter au milieu de la salle à manger.
 
Enfin elle se décide.  Tout doucement, sans le moindre bruit, elle descend les escaliers.  Pas question de le contrarier ou de le déranger s'il est encore occupé.
 
Un murmure de voix, la sienne. Elle ne comprend pas tout, juste des bribes de phrases : ...bien sûr que nous y allons demain... on se baladera en amoureux dans les bois, Hélène déteste cela...je suis heureux...deux jours de totale tranquilité.... nous deux sous le même toit... je t'aime aussi....
 
Hélène se réveille de ce cauchemar en entendant le léger bruit que fait Pierre en raccrochant le téléphone.
 
Plus d'altermoiement, plus d'hésitation.  Vive, furtive, elle monte les escaliers sur la pointe des pieds, passe devant la porte de la salle à manger, monte dans sa chambre, dans leur chambre.
 
Surtout, se reprendre.  Tenter de se souvenir de ce qu'elle a vraiment entendu.  Retrouver calme et sang-froid.  C'est urgent.  Ses joues brûlent, ses doigts sont glacés.  Pierre et.... Mais oui, au fait Pierre et qui ?
 
Le compte est vite fait: il y aura Philippe et Claire, Jacques et Carole, Sylvie et...personne.  L'identité de "l'autre" ne fait plus aucun doute.
 
Sylvie, toujours si gentille, si patiente, poussant l'amabilité jusqu'à transcrire ses recettes de cuisine et les préparer.  Sylvie, l'indépendante, l'artiste rebelle qui vit très bien de ses oeuvres, des sculptures sur bois absoluments époustouflantes. 
 
Sylvie qui n'a jamais besoin de personne.  Sylvie rieuse et sérieuse, intelligente, cultivée, à l'aise toujours et partout, dotée d'un humour et d'un sens de la répartie qui musèle le plus hardi.  Sylvie avec ses vêtements extravagants, ses idées originales.  Sylvie, avec sa manière d'écouter, de devenir sérieuse tout à coup, la tête penchée en un geste coutumier. 
 
La tête d'Hélène bourdonne.  Elle doit se reprendre, réagir.  Elle passe dans la salle de bains, baigne ses poignets, ses mains dans l'eau fraiche. Se maîtriser.  Surtout, ne rien laisser paraître.  Elle n'a pas mal.  Pas encore.  Elle est choquée, anéantie.  Assommée.  Pas encore douloureuse.
 
Vite, deux cachets d'aspirine et un grand verre d'eau. Respirer, respirer encore pour éviter la crise de nerfs, la panique.
 
Elle descend les escaliers. Tout sourire, toute tendresse. Elle passe derrière son mari qui s'est attablé et pose un baiser dans son cou, comme elle le fait souvent, en privé.
 
Elle précise qu'elle est montée chercher un cachet d'aspirine et rien ne transparait dans sa voix, dans son regard, de son vrai ressenti.
 
Comme à l'accoutumée, le départ a lieu dans l'agitation. Dix fois, vingt fois, elle embrasse les enfants, donne ses dernières recommandations à la gourvernante.
 
Enfin le départ.  Elle est au supplice. Mais elle sait également que rien ne la séparera de Pierre, rien, jamais.  Elle en est certaine.
 
 
Samedi soir.  Le petit groupe d'amis cherche en vain, depuis plus d'une bonne demi-heure, Sylvie qui à brusquement disparu.
 
Hélène semble momifiée dans son fauteuil haut, elle tricote depuis des heures sans lever la tête, semble-t-il.
 
Elle dépose enfin son ouvrage pour participer, avec les autres, aux recherches.
 
Les Robinson sont ennuyés de cette subite disparition et mettent tout en oeuvre pour retrouver l'absente.
 
Elle est là, gisant au bord du petit étang.  Elle est tombée, semble-t-il sur une branche cassée, dissimulée par les feuilles morte.  Sa tête à heurté une des grosses pierres qui borde le sentier.  Elle est morte sur le coup.
 
 
Pierre est triste et toujours fatigué.  Il ne se lance plus dans ses longues balades, le soir, après ses consultations.  Il monte directement auprès de sa famille et s'enferme dans un mutisme de plus en plus profond, au fil des jours, des semaines.
 
Hélène tricote, et couve son mari du regard.  Rien ne transparait sur son visage impassible.  Aucune joie, aucune haine, aucun regret.
 
 
 
31 de outubro

Les choses de la vie...

  A  ssise au bord du lit, Elise écoute son mari partir. Elle l’entend, mais ne veut le voir. Il est resté là, devant elle, à tenter de lui expliquer l’inexplicable. Qu’elle à quarante-huit ans, qu’ils ont vécu vingt-huit ans ensemble et qu’il est las de son corps, de son visage, de sa peau, de ses cheveux, de ses émois qu’ils soient dans les rires ou dans les larmes.

Voilà le message qu’il a préparé, soigneusement, méticuleusement. Comme il prépare ses plaidoiries. Mais elle n’est pas juge, elle est partie prenante à l’affaire et pour l’instant, elle ne »prend pas », c’est évident. Et il ne sait plus quoi dire, quoi faire. Bien ennuyé, Maître Duval. Il avait tout prévu, sauf ce silence, ces yeux fermés, qui refusent l’évidence.

Elle n’a pas bougé, pas parlé. Elle a encaissé le choc sans aucune réaction. Il avait tout prévu : cris, menaces, chantage affectif, tout, même des bibelots brisés. Dans sa vanité, n’avait-il pas même envisagé une tentative de suicide. Oui, il avait tout prévu sauf ce silence et ces yeux aveugles,secs, aux paupières obstinément closes, , ce visage inexpressif. Et cela le perturbe infiniment.

Et l’autre qui l’attend en bas, dans la voiture. Elle à vingt-huit ans, l’esprit clair et incisif, un corps parfait. Il en a vingt de plus, les tempes grisonnantes, un début de ventre, une très grosse voiture et un compte en banque assorti. Ce qu’il vient de perdre : une femme à sa mesure, trois enfants assez grands pour juger et agir en conséquence. Mais cela, il ne le sait plus, il ne sait pas encore.

Il est jeune à nouveau, il a vingt ans. Il a commandé une moto, une grosse cylindrée, à passé son permis.
Lui qu’on ne connaissait qu’en costume bleu marine ou gris, s’affiche en blouson de cuir, jeans trop moulants pour être confortables, chemises sport, et santiags Le voilà changé. Du moins, il le croit. Il est juste un petit peu ridicule. Le régime draconien express qu’il vient de suivre – de subir devrait-on dire- lui a donné un teint légèrement grisâtre, qui creuse et marque cruellement ses traits. Les « poignées d’amour » ont disparu, mais il faut avouer que la peau, à cet endroit, pend très légèrement.

Il parle, parle, pour meubler ce silence, pour cacher sa gêne très réelle. Loin de lui faciliter la tâche, ce silence éveille sa mauvaise conscience. Il enfourne dans une valise quelques vêtements, quelques objets personnels, de plus en plus vite, de plus en plus maladroitement.
Cela ressemble à un naufrage, lorsque les passagers précipitent dans le canot de sauvetage le peu de biens qu’ils peuvent sauver.

Le départ est précipité, l’explication embrouillée. Il est question d’argent, d’un avocat à choisir, d’effets personnels qu’il passera prendre plus tard. Sa sortie ressemble étrangement à une fuite.

Elise est restée seule. Elle a ouvert les yeux. Ils brillent comme mille soleils, non par le fait des larmes, son visage est rayonnant. D’un geste vif, elle saisi le téléphone. D’un doigt agile et joyeux, elle forme un numéro. Allo, Alain ? J’ai eu une chance infinie, je n’ai pas été obligée de lui parler, c’est lui qui vient de me quitter. Je suis près de toi dans une demi-heure, mon chéri
30 de outubro

Indifférence

Il s'est installé à la table du déjeuner

sans me parler, sans me regarder.

Il a rempli sa tasse de thé

sans me parler, sans me regarder.

Mur de silence, forteresse d'indifférence.

Il a ajouté du lait, du sucre, a mélangé

sans me parler, sans me regarder.

Il a beurré son toast, déplié son journal

sans me parler, sans me regarder.

Mur de silence forteresse d'indifférence.

Il a mangé son toast, bu son thé, lu son journal. Sans me parler, sans me regarder.

Il s'est levé, s'est préparé,

soigneusement paré pour cette belle journée

sans me parler, sans me regarder.

Mur de silence, forteresse d'indifférence.

Il a pris sa serviette, enfilé son blouson, a doucement refermé la porte sur son dos un peu voûté,

sans me parler,sans me regarder.

Alors je me suis assise et j'ai pleuré.